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Parisien
Article paru dans le Parisien

Madame Irma, reine de comédie

Irma la Douce est une prostituée qui officie plus particulièrement sur le pont Caulaincourt. Quand elle rencontre Nestor le Fripé, petit truand, c’est « la touche », le coup de foudre. Ensemble, ils traversent de multiples aventures pour tenter de vivre leur amour. Chaque jour, Irma apporte le fruit de son travail à Nestor, qui cependant est jaloux de tous les clients de sa belle. Comment concilier rentrées d’argent et fidélité conjugale ? Nestor décide d’adopter une double identité et devient le seul et unique « hareng » de sa bien-aimée qui ne le reconnaît pas…
Le spectacle présenté par la Compagnie Lez’armuses est en fait une adaptation de trois textes : Irma la Douce, les Harengs terribles et la Jalousie du Fripé. Ces textes donnèrent lieu à certaines adaptations connues, comme la version des années 1960 avec Colette Renard (que certains spectateurs avaient en tête en arrivant au spectacle) ou la version filmée de Billy Wilder avec Shirley McLaine et Jack Lemmon. Ici, tout est condensé, mais pas diminué ou affaibli. En effet, le spectacle est certes court (une heure quinze) mais intense, sans aucun temps mort. Avec seulement trois comédiens et des moyens très réduits, Sophie Plattner, qui met en scène et joue Irma, parvient à créer toute une palette d’effets et à faire vivre les personnages.
D’abord Irma, donc. Avec ses bas résille et sa grosse fleur rouge dans les cheveux, c’est la reine de Montmartre. Elle est à la fois dominatrice et tendre, se donnant au plus offrant mais en fait toujours fidèle à son Nestor ! Lorsque celui-ci est au bagne (« au dur » !), la voici, désespérée, en Pénélope des trottoirs. À qui donc me faisait penser cette comédienne, ou son personnage, je ne sais plus ? J’ai fini par retrouver : quelque chose de la môme Piaf-Cotillard. Même grands yeux clairs, même gouaille, même côté à la fois provocateur et tendre… Irma aime Nestor, donc. Lui, c’est le petit truand du quartier. Mais à force de travail (si, si !), il finira par devenir un vrai caïd. Et lui, qui me rappelait-il, donc ? Ça y est ! Un faux air de Denis Podalydès. (Moi, j’adore !)… Cette bouche, ces châsses, pardon ces yeux, y’ a comme un air de famille. Et cet air tantôt ahuri, rageur ou incrédule ! Bravo à Michaël Gonnet. Entre les deux, Bob le Hotu. Il tient le bar des Inquiets. Le vrai titi, avec sa casquette de travers et son accordéon. Ah, l’accordéon ! Il est au spectacle ce que son sac à main est à Irma : un objet central, indispensable, plus qu’un accessoire. Josias Villechange, puisque tel est le nom de ce musicien, chanteur et comédien, est excellent : toutes ses interventions, avec son teint gris, ses yeux de cocker et ses reparties imparables, ponctuent les duos Irma-Nestor avec un regard caustique et terre à terre qui fait mouche. Une sorte de Droopy des faubourgs…
Dans ce tout petit espace, la mise en scène déploie des trésors d’ingéniosité. Un simple tabouret, une ampoule, et nous voilà chez Irma ou plutôt dans la chambre d’hôtel où elle officie. Son argument massue : « Viens chez moi, j’ai un radiateur ! ». Quelle commerciale, cette Irma ! À propos de commerce, l’un des passages les plus réussis est justement un de ceux où l’accordéon a quasiment le rôle central : chaque jour, Irma apporte à Nestor un billet qui lui est remis par un certain M. Oscar, en réalité Nestor lui-même, sous un déguisement ! Magie du théâtre : un simple changement de chapeau, une écharpe, et on y croit… L’accordéon, dans cette séquence totalement burlesque, joue à un rythme de plus en plus rapide, montrant que cette situation devient intenable ! Et dans les chansons, c’est tout ce mélange d’humour, de tendresse et de légère vulgarité qui s’exprime avec entrain.
En tout cas, le trio de comédiens est excellent et semble beaucoup s’amuser ! Et si le spectacle se conclut par un hymne reconnaissant à la capitale, la pièce n’est pas pour autant un tableau nostalgique d’un Paris peuplé de prostituées au grand cœur et autres « caves » bien intentionnés. Le spectacle joue à fond la carte du burlesque et du rythme : tout est enlevé, plein d’une énergie très communicative. Quant au lieu, la péniche Demoiselle, il contribue à créer une ambiance chaleureuse. Les comédiens sont très près du public, et pas moyen d’aller se reposer dans une quelconque coulisse… Un conseil : si vous ne voulez pas vous retrouver avec un boa rouge clignotant autour du cou ou recevoir des propositions indécentes de la part des protagonistes, évitez le premier rang !

Céline Doukhan
Les Trois Coups

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Sophie Plattner nous livre ici une jolie adaptation du texte d’Alexandre Breffort, Irma la douce, comédie musicale franco-française délicieusement fraîche et rétro mêlant théâtre, danse, musique et chant.

Crée en 1956, cette comédie musicale fut adaptée de nombreuses fois depuis la prestation française de Colette Renard qui lui doit son premier succès, avec la mise en scène de Peter Brook à Broadway, plus tard l’adaptation cinématographique de Billy Wilder avec Shirley MacLaine dans le rôle-titre et la performance plus récente de Clotilde Courau dans la mise en scène de Jérôme Savary. Nous la retrouvons ici dans la mise en scène simple et efficace de Sophie Plattner qui s’articule autour de trois personnages qui parviennent à nous emporter dans leur tourbillon festif sur des airs de guinguette. Dans les faubourgs d’un Paris mythique que l’on situerait autour des années trente, Irma la douce, fille de joie, balade ses charmes sur les trottoirs de la rue Caulaincourt et termine régulièrement sa journée par un petit godet au Bar des Inquiets, sous l’œil de Bob le Hotu, tenancier de l’établissement et pour l’occasion, narrateur accordéoniste ! Elle y rencontre Nestor le Fripé, petit truand sans envergure qui rêve d’imposer son nom dans le milieu alors qu’il est encore fauché comme les blés. La connexion entre eux est immédiate mais Irma poursuit sa carrière avec brio, provoquant ainsi la jalousie du Fripé, malgré les billets qui affluent. Ce dernier décide alors de se grimer de façon méconnaissable, pour devenir son unique client : Monsieur Oscar, qui la paie grassement avec l’argent qu’elle remet aussitôt le soir venu à l’élu de son cœur. S’en suit un vaudeville rythmé et fort bien orchestré par l’accordéoniste narrateur, dont les morceaux rythment la pièce et lui confèrent une ambiance d’antan qui pour autant ne lui enlève nullement sa fraîcheur et son caractère déjanté. On y apprécie la gouaille des personnages et leur virtuosité à employer l’argot titi parisien. Entre deux traits d’humour, la pièce pose le problème des fondements d’un couple. La passion suffit-elle ? Comment la concilier avec les besoins de confort matériel ? Jusqu’où irait-on par jalousie ? Au-delà de ces questionnements auxquels nous n’avons fort heureusement pas de réponse à la fin de la représentation, le propos est principalement de distraire et grâce au jeu des acteurs, la mission est clairement accomplie.

Bilguissa DIALLO
site Kourand'art

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